Ma peur d’avion

Quand certaines personnes racontaient leur histoire relative à la trouille qui les dominait une fois dans les airs au cours de leurs voyages, j’avais du mal à les croire. A mon avis, ils avaient peur de la mort pour ainsi dire qu’il leur manquait d’audace. Je m’étais rendu compte à l’évidence qu’affréter un avion pour la première fois, rend la personne dans une situation de psychose et de la non maîtrise de soi. Je l’avais vécu lorsque je me rendais à Dakar, pour la formation 2015 de Mondoblog. Bien que les organisateurs nous aient donné le choix de se rendre dans la capitale sénégalaise par voie terrestre ou aérienne, j’avais préféré goûter aux délices des entrailles de l’oiseau artificiel dont, depuis fort longtemps je ne faisais que des imaginations.
Comme on a coutume de le dire, l’avion est le moyen de transport le plus sûr.Je croyais le savoir et être sûr que cette assertion s’avère vraie. Mais, le premier jour quand j’ai pris l’avion, j’étais envahi par une peur terrible. Pour cette première expérience, il m’avait fallu alors deux escales avant d’arriver à destination. Nous avions décollé de Niamey à 8 heures. Après quarante cinq minutes de vol, nous avions fait notre première escale en atterrissant à Ouagadougou. C’est le temps de débarquement pour certains et d’embarquement pour d’autres.Pendant tout ce temps, je me sentais plus ou moins alaise dans mon siège N°18B.Mieux encore, j’avais à mes côtés deux charmantes demoiselles, la blanche occidentale certainement à ma droite et l’africaine à ma gauche. L’africaine, me disait qu’elle se rendait chez elle au Tchad pour les fêtes de fin d’année. Nous discutions sans gène comme si on se connaissait depuis fort longtemps. A notre deuxième escale sur le tarmac de la capitale togolaise, nous nous séparâmes, c’est le début du calvaire.
J’avais affrété un autre avion dans lequel j’étais positionné sur le siège 26 A. Ces sièges étaient collés aux fenêtres d’où on pouvait observer toutes les étapes du décollage et de l’atterrissage.Depuis les airs, je voyais sur terre tous sur les endroits survolés. Le ssièges N°26 étaient situés à l’arrière du cockpit.Vous comprendrez que ce changement de vol, a apporté du nouveau pour moi en tant que débutant de voyages aériens.En cela, je disais au fond de moi que je profiterai des avantages qu’offraient ces sièges « A », particulièrement la vue de l’extérieur.
Je contemplais le paysage et l’architecture de la capitale togolaise. A peine décoller de l’aéroport de Lomé, quand brusquement j’avais senti du vertige. La capitale était devenue à mes yeux, comme un point sur le globe terrestre. Ma vue se brouillait et tout mon corps se mettait à trembler. Voilà où tout à commencer, la paranoïa a pris le dessus sur la témérité. Je sentais la peur, une peur noire, la peur de mourir. C’est ainsi qu’à chaque fois que j’orientais mon regard vers les fenêtres, j’avais l’intention qu’une force invisiblem’attirait vers le sol. L’appareil volait à 12 milles pieds et mon subconscient continuait à me faire croire que j‘étais sur le point de passer à travers ces petites fenêtres. Pourrais-je atteindre le sol ? Serais-je un porté disparu ? Aurais-je droit à une tombe si cela m’arrive ? Celles-là sont entre autres des interrogations qui randonnaient dans mon l’esprit.
Au moindre bruit, je sursautais. Pourtant l’avion dans lequel j’étais, ne présentait aucun défaut technique ou sécuritaire. Mais, je sentais comme s’il y’avait un danger.Au fur et à mesure qu’on prenait de l’altitude, tout devenait petit et plus petit encore.A moins de dix minutes, la température de mon corps avait considérablement montée et je dégageais la sueur à l’image d’une outre percée. Je me forçais à maîtriser cette peur mais en vain. Je regardais tout autour de moi et c’était dans les regards de l’hôtesse que je trouvais un peu desérénité. Par contre les passagers aguerris se vaquaient paisiblement semble-t-il à leurs occupations : lire un journal, discuter avec un voisin, faire des commandes auprès des hôtesses,…
Pour ma part, je n’avais personne à qui me confier. J’avais une femme voisine, qui la turbulence de sa fille d’environ deux ans ne lui laissait aucune plage du temps à la causerie. En fait, la petite qui ignorait tout de la mort voulait à tout prix s’approcher de cette fenêtre dont tourner le regard vers, constituait pour moi un tabou. Le comportement de la petite m’avait aidé. Chez moi, la tradition veut qu’en présence d’un inconnu et de surcroit un sexe féminin, l’homme doit se montrer serin, courageux et prêt à affronter le danger d’où il vient.Malheureusement, j’ai dérogé à cette règle ce jour-là. En vérité, je me cherchais car j’avais l’impression de perdre ma masculinité. Heureusement, je n’avais pas un problème cardiaque. Sinon, seul Dieu savait ce qui allait se passer.
Ainsi, la petite continuait à défier sa maman en s’approchant de moi car je constituais pour elle un obstacle pour atteindre les fenêtres.La femme qui trouvait en moi un inconnu, ne pouvait laisser sa fille à ma portée. Je la comprenais bien aussi.La petite refusait d’obtempérer aux injonctions de sa maman. J’étais prêt à agréer la demande de la dame pour lui céder le siège d’ennui. Mais elle ne l’avait pas faite. Je monologuais et imaginais des tas de scénarios. Les hôtesses continuaient leurs vas et viens dans le couloir. Quelques passagers faisaient la queue devant les toilettes, soit pour des besoins naturels, soit pour fumer une cigarette. J’avais envie de pisser moi aussi, mais je ne pouvais pas quitter mon siège par crainte de tomber en syncope.
Après une heure de vol, le diner a été servi. Ce court temps, m’a été d’une grande importance. J’ai enfin oublié la crainte qui m’assaillait, pour un instant.Arrivée dans les zones de turbulences, un autre épisode commençait. Même si le pilote et son copilote n’avaient rien dit, comme ce que je voyais dans les films. Je fermais les yeux et sans pouvoir dormir. Je prenais un journal sans être en mesure de déchiffrer le contenu. Tout cela, pour pouvoir ignorer ce qui se passait. Je regardais encore l’hôtesse droitedans les yeux pour retrouver mon calme. Elle s’approchait de moi pour savoir si j’avais besoin d’aide. Je disais non en hochantl a tête. J’avais subitement perdu l’usage de ma langue. Ma voisine continuait à gronder sa fille qui refusait de rester tranquille. Elle descendait et remontait sur son siège. Ce comportement propre aux petits enfants déplaisait à la maman. Elle commençait alors à en avoir marre. Je cherchais un interlocuteur. J’avais profité pour intervenir en condamnant la maman. Cherchant à m’affranchir de ma peur, j’étais devenu assistant familial. Je conseillais la maman à ne pas être brutale à l’égard de son enfant. En me voyant parler à sa mère, la petite se tourna vers moi croyant que je la connaissais . Je commençais à lui faire des jeux et des taquineries. Les petits enfants les apprécient beaucoup. J’étais devenu pour elle un bouclier contre les fessées de sa maman.Je lui posais des questions, comment tu t’appelles ?D’où viens-tu ? Où vas-tu ? patati patata.Elle ne comprenait pas ce que je lui demandais. Moi non plus, ses réponses ne m’intéressais pas car je ne comprenais rien de ce qu’elle racontait. Elle ne faisait que murmurer. Elle apprenait à parler. Mais j’ai trouvé avec elle une occasion d’oublier ma situation de stress. La petite Sénégalaise a été pour moi un formidable isolant de la peur. En tout cas j’avais bien apprécié le temps que j’avais passé avec elle.
La fin du calvaire s’approchait quand à 18 heures le pilote annonçait la decente sur Dakar. J’étais très fatigué et la petite me collait sans cesse. Elle insistait toujours. Subitement l’avion faisait une virée d’environ 45°. La petite fille criait à haute voix « maman, l’avion va tomber ! ». Là tout le monde l’avait entendu. La réaction de la maman n’avait pas tardé, elle hurla en disant :« je ne t’ai pas dit, de ne plus dire ça ? ».Apparemment elle aussi avait eu peur. Je me forçais à redorer mon blouson de psychologue bien que j’avais sursauté au cri de la petite,pour faire savoir à la dame que juste sa fille est curieuse.Elle ne sait pas de quoi elle parle. Elle n’a rien fait de mal. A vrai dire, j’avais nourri la même idée que la petite. Je croyais que l’appareil allait bel et bien cracher.
J’avais repris mon souffle à 18h20 lorsque l’avion avait atterri sur le tarmac de l’aéroport de Dakar. On avait embarqué et passait les contrôles sans encombre. Je récupérais ma valise. Je trouvais la navette (après quelques hésitations) qui me conduisait à l’hôtel.
Chers bloggeurs, partageons ce souvenir ensemble.

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ASSOUMANE Habibou
Blogueur nigérien de Tahoua, je suis passionné de la lecture, des voyages. J'aime apprendre des autres. La rigueur, la responsabilité, l’engagement sont mes maîtres mots

3 réflexions au sujet de « Ma peur d’avion »

    • Je n’ai pas vraiment peur de l’eau mais plutôt de la mer. J’ai peur d’être emporté par cette dernière au moment où c3ux qui sont avec moi ne pouvaient faire pour moi. Et tu sais que dans l’océan il y a des requins, des bêtes aquatiques capables de te bouffer en une seule bouchée.

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