Un papa stérile

«  Quelque soit la durée d’un tronc d’arbre dans l’eau, il ne se transformera jamais en caïman ». Voici l’histoire d’un taxi dont l’épouse avait trompé pendant 16 ans.

C’était un taximan dénommé Dan Kumaru. Il vit paisiblement avec sa femme et ses trois enfants à la capitale depuis maintenant 35 ans. Avant de devenir conducteur de taxi, il était cuisinier dans un restaurant togolais. Un incident l’a opposé avec sa patronne et il a préféré jeter le tablier. Il a été ensuite récupéré par l’un  de leurs anciens clients qui lui a payé le premier taxi. Il verserait 7 000 F FCA par jour. En 5 ans, il a pu rembourser, Elhadj. Le véhicule lui appartient désormais.  Il fait plus de 10 heures de travail par jour. Il a commencé à se fatigué.  Il se propose désormais avoir quelqu’un qui doit le relever pendant ses heures pauses. En principe le remplaçant doit commencer la semaine même. Mais pour certaines raisons, il n’a pas répondu au rendez-vous. Il quitte la maison toujours après la prière de soubouh pour revenir à 14 heures ou 15 heures. A 17 heures piles, il retourne en ville pour descendre à 22 heures.

Ce matin il n’est pas sorti tôt comme d’habitude. Son taxi a passé la nuit au garage pour un problème de frein. A 10 heures, il est parti voir le mécanicien. Il n’a pas encore fini. Il doit encore l’attendre. A 11 :30, son taxi est prêt. A la sortie du garage, deux femmes voilées lui font signe. L’une a un sac et l’autre a entre les mains un carton de savon communément appelé « lavibelle ». Avant qu’il ne descende pour ranger leurs bagages dans le coffre, elles ont déjà pris place dans le taxi avec leurs effets. Elles le demandent de les déposées aux alentours du grand marché. Il a été payé avant la fin de la course. Une fois qu’elles ont quitté le taxi, une autre équipe de 4 personnes lui demande de les acheminé au centre islamique. Il est déjà plein. A son retour,  il prend 3 étudiants qui veulent descendre au 2E pond. Au prochain virage, il prend autre passager qui lui veut aller au commissariat central. Les étudiants sont arrivés à destination. Il ne lui reste qu’un seul passager. C’est un policier. Il travaille au commissariat central. Il se gare bien, pour ne pas être en infraction. Quand le Monsieur descend, il fait remarquer au chauffeur que ses précédents passagers ont oublié leur carton de savon. Il revient au 2e pont. Les étudiants sont déjà rentrés à la rive droite. Il stationne sont véhicule après le feu rouge. Il regarde par ci par là, s’il peut apercevoir les deux passagers. Deux policiers qui contrôlaient la circulation le dévisageaient de l’autre côté. En ce temps d’insécurité, on doit faire attention à tout le monde : toute personne peut être suspecte. Il ouvre la portière et fait sortir le coli. Avant de le déposé par terre, le carton se déchire et un cadavre de bébé tomba. Les autres piétons crièrent : voleurs d’enfants. Avant que les deux policiers  viennent le mettre aux arrêts certains ont commencé à le frapper. Je n’ai rien fait s’exclama t-il. Ce n’est pas mon carton. Je cherchais les passagers qui l’ont oublié dans mon taxi. Affirme t-il aux deux policiers. Qui peut le croire ? Il est venu le jeté dans le fleuve ! Accusent deux femmes vendeuses de jus local.

Il est vite ramener au commissariat. Il jure sur le nom de tous les dieux, mais personne ne veut le croire. Il affirme, qu’il a 3 enfants, pourquoi pourrait-il faire du mal à un autre? Les policiers conclurent qu’il a tué donc un de ses enfants pour le fétichisme. Pour cela, une équipe  a été dépêchée chez lui pour vérifier la véracité de ses dires. Il a été mis derrière le véhicule des policiers. Arrivé chez lui, on demande à sa femme de montrer ses enfants.  Heureusement ils sont tous présents. C’était les vacances. Ses voisins se posent la question : qu’a –il  fait pour que les  policiers le talonnent ainsi ? a-t-il fait un accident grave ? Dan Kumaru  n’a tué aucun de ses enfants. Cette piste est vite abandonnée provisoirement. Cependant, il  a été pris en flagrant délit de possession illégale de cadavre. Aucune de ses connaissances ne peut le faire sortir vue les charges qui sont tenues contre lui surtout par crainte d’être accusé de complicité. Un député a tout fait, mais en vain.

Si ce n’est pas son enfant, à qui pourrait-il appartenir ? Je ne peux pas le savoir répond t-il aux policiers. Mais il doit appartenir à l’un des mes clients à qui j’ai fais la course ce matin. Il est sorti avec beaucoup de chance. Il a fait beaucoup de course au point de ne plus se souvenir d’où et où il s’était rendu. L’étau  se resserre contrent lui. Son délai de garde à vue est presque épuisé. Dan Kumaru  doit être présenté au juge. Avant de le déférer au tribunal, un policier conseilla qu’on lui fasse un test de paternité, pour voir si réellement l’enfant ne lui appartient pas. La décision lui fut communiquée. Il n’a pas de choix, il ne peut qu’accepter. Lui qui veut coûte que coûte quitter ces lieux.

 C’était un mercredi. Il fut ramené au Centre Hospitalier Universitaire de Harobanda. On lui fait quelques prélèvements au laboratoire. Le test durera 48 heures. Il ne peut être relâché avant ce délai. Le vendredi, le CHU a renvoyé au commissariat les résultats du test. L’enfant n’est pas de Dan Kumaru. En plus et à  la grande surprise de tous, le test révèle autre chose : notre taximan est stérile et séropositif. Alors à qui appartient les trois enfants qu’il a fait 16 ans entrain de nourrir ? 3 fois, il a organisé des baptêmes et a sacrifié des moutons pour rien ? Le test vient de le disculpé. Pourtant il vient encore lui poser un autre fardeau. Il a été relâché du commissariat après 6 jours consécutifs de détention. Chaque jour pendant ce court séjour, sa famille lui rendait visite. Gagné par le découragement, c’est elle même qui lui remontait le moral. A midi quand elle fini de préparer à manger, elle lui amène sa part au commissariat. Elle reste jusqu’au soir. Pendant ce temps, sa fille à la maison  prépare le dîner. La nuit aussi, elle revient avec les enfants. Toute sa  famille est optimiste. Ils sont sûrs de son innocence.

Son épouse était présente quand le médecin, a révélé le  contenu du test qui disculpa son mari et la condamna à son tour. Ils sont revenus ensemble du commissariat dans le même taxi. Mais personne n’a dit un mot pendant le trajet : un silence de mort. Si seulement ce test n’a que prouvé son incapacité à donner des enfants, pas autre chose, monologue t-il. A la maison, la situation tourne au règlement de compte entre lui et sa femme. Il commença à lui ramasser ses clics et clacs et les jette dehors. Dan Kumaru commence à crier à voix haute, ce qui attira l’attention des voisins et de quelques curieux.  Sa femme ne trouve rien à dire. On tente à le consoler. Il est furieux, il ne veut écouter personne. Jamais, il n’a été dans cet état. Lui qui a géré des clients plus capricieuses, ne s’est jamais emporté de la sorte. Sa propre femme vient de signer son arrêt de mort. Après l’avoir trompé pendant 16 ans, elle le contamine d’une maladie incurable. A lui maintenant, le rejet et la stigmatisation.

Ce sont ses voisins, le boucher et un blanchisseur qui font la cour à sa femme pendant son absence. Ils sont les pères légitimes des enfants que le taximan pensait être les sien.  Le boucher est séropositif. Tout le quartier est au courant. Il a été dépisté positif, le mois passé et est sous traitement des Anti Retro Viraux (ARV). Il s’est marié à quatre femmes. Mais aujourd’hui, elles sont toutes décédées de la même maladie. Probablement ce n’est pas Dan Kumaru qui est dans la tourmente. Le blanchisseur pourrait aussi être porteur du virus. Car ils ont partagé le même fruit pendant des années.

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ASSOUMANE Habibou
Blogueur nigérien de Tahoua, je suis passionné de la lecture, des voyages. J'aime apprendre des autres. La rigueur, la responsabilité, l’engagement sont mes maîtres mots

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