Niger : la déchéance des coiffeurs traditionnels

Les vagues de la mondialisation ont touché presque tous les secteurs de la vie quotidienne au Niger. La modernisation a contribué à l’apparition de certain métiers et à la disparition d’autres. Elle a portée ainsi un coup dur au rôle du coiffeur, dans les villes et dans les campagnes du pays.

Avant les années 1990, tout le monde allait chez le coiffeur pour se couper les cheveux. D’abord parce que c’est lui qui effectue les circoncisions et les scarifications. Il est aussi un guérisseur inégalé.  C’est un métier exclusivement transmissible, car seuls les initiés redoutables peuvent le pratiquer aisément et se glorifier. C’est un travail d’homme et un travail magique ! Il est très rare, sinon impossible, d’être coiffeur si les grands parents et les parents ne l’ont pas été. C’est une fonction où les brebis galeuses n’ont pas leur place. Il faut avoir des pouvoirs mystiques et surnaturels pour s’affirmer dans un groupe de coiffeurs traditionnels. Ainsi, dans les zones rurales, on peut faire 5 à 10 villages sans trouver un. Actuellement, il n’y a aucun coiffeur dans notre chef lieu de commune, Tajaé.

Nombreux sont les collègues désobéissants et les clients zélés qui ont payé cher leur insolence vis-à-vis du coiffeur. Lors des cérémonies traditionnelles dans les villages, la récompense du  coiffeur est connue de tous et gardée même à son absence. Gare à la famille qui se met au travers de son chemin: un enfant de notre village est devenu chauve, parce qu’il n’a pas été coiffé par le coiffeur de la famille lors de son premier rasage.

Une seule lame bien taillée suffit pour coiffer ou circoncire tous les enfants du village à un prix dérisoire. Cependant, les sensibilisations sur le SIDA et les infections sexuellement transmissibles (IST), ont confirmé l’implication et le rôle de ces outils dans la propagation de la maladie. Le coiffeur traditionnel a commencé à faire peur. Les parents préfèrent désormais circoncire leurs enfants dès la naissance dans les centres de soins. Certains (surtout les femmes) rasent d’eux-mêmes leurs enfants. Il y a plus de chance de se faire couper chez un coiffeur traditionnel.  Pour éviter de tomber sur un couteau infecté, au mauvais moment et au mauvais endroit, les clients devenus trop exigeants s’abstiennent d’aller chez lui, malgré ses lames à usage unique. Pour palier à ce problème, de nombreux salon coiffures ont vu le jour. Ces derniers proposent des services nettement meilleurs. Le client est entretenu, choyé et rasé dans des conditions d’hygiène correctes, à l’abri de tout soupçon. Dans la ville de Tahoua, la concentration des ces coiffeurs modernes est très visible. Ils sont présents devant les marchés, les écoles, sur toutes les rues, les gares, etc. Aujourd’hui et demain encore, la précarité de l’emploi continue sans cesse à pousser bon nombre de jeunes Nigériens à migrer vers des sous métiers. La renaissance acte II a du pain sur la planche.

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ASSOUMANE Habibou
Blogueur nigérien de Tahoua, je suis passionné de la lecture, des voyages. J'aime apprendre des autres. La rigueur, la responsabilité, l’engagement sont mes maîtres mots

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