Le faux Saint

Malam Rogazo est un célèbre marabout, connu dans son village et les environnants. Il se fait passer pour un pieux, un saint, un élu de Dieu. Plusieurs années durant, il a pu garder ce statut, pour trois raisons…. Une histoire vraie dont les noms et les lieux ont été modifiés afin de garder l’anonymat.

Dans la vie, il y a ceux qui savent bien mettre en application les règles de fonctionnement social. Il y a aussi ceux-là qui les manipulent avec une précision chirurgicale à des fins personnelles. C’est le cas de notre faux saint, Malam Rogazo.

Il vole comme un oiseau

La fraternité, la cohésion sociale et l’entraide existent toujours dans les campagnes au Niger. Pour cela, quand vous empruntez une route villageoise il n’est pas étonnant de rencontrer des groupes d’hommes, de femmes ou des goupes mixtes qui se rendent dans un village simplement porter leur soutient, leur compassion à un parent ou une connaissance. Lors des visites dans les villages voisins, la présentation des condoléances ou toute autre cérémonie, notre faux saint ne suit pas le groupe. Malam Rogazo ne figure jamais dans ce genre de cortège. Il leurs donne une avance. Car, dit_il, il est  plus rapide qu’eux. En effet, il ne marche pas comme eux. Il peut voler d’un point A à un point B. Pour cette raison, tout le monde l’appelle « waliyi », c’est un niveau,  un degré de foi et de connaissance chez les musulmans que peu atteignent. C’est pourquoi il peut proposer aux autres de partir avant lui.  Mais malgré leur longue avance, il sera le premier à arriver.

Il résiste à la faim

Son anorexie fait parler de lui partout où il passe. En bon parleur, c’est lui-même qui parle de ses exploits à qui veut l’entendre. Quand il rend visite à ses proches, il les empêche « de gaspiller » leur nourriture pour lui. Il ne mange pas les mets des humains – lui qui est nourri par Dieu- . Personne ne l’a vu manger pendant tous ses déplacements.

Un guérisseur hors pair

Malam est un grand guérisseur. Sans démagogie, ses clients sont satisfaits de ses services. Et cela a fait une bonne publicité pour ses affaires. Sa puissance et ses techniques médicinales ont fait écho. Il est sollicité dans toutes les villes. En cela, il ne passe pas une semaine chez lui. Ses traitements sont très simples, faits à base d’une eau qu’il qualifie de magique et de boules de pattes céréalières.

Toute chose a une fin

L’homme a réussi a percer le mystère de la nature, à la dompter à sa guise. Ce n’est pas son semblable qui continuerait éternellement à le duper.

En vérité, Malam Rogazo n’a rien de pieux, ni de religieux. Selon des sources dignes de foi, c’est un grand ignorant qui sait exploiter les situations qui se présentent à lui. Le seul lien qu’il a avec des marabouts c’est uniquement sa tenue, son turban. Les savants marabouts de sa classe font des prêches ou entretiennent des disciples. De tout ça, il n’a rien. Il n’a même pas été à l’école coranique nous confie un sage du village. J’ai cru qu’il était gagné par la jalousie. Mais, il nous a défié en nous demandant de citer le nom d’un de ses marabouts chez qui il a étudié au moins une semaine. Il n’a aucunement appris le coran ici ou ailleurs. Notre interlocuteur n’est pas à négliger. Si on insiste, il peut nous dévoiler gratuitement ce faux mystère. Et pour faire parler un vieux au village, il suffit de lui payer des grosses noix de cola. Je sais à quoi vous pensez. Rassurez-vous ce n’est pas lui graisser les pattes. Il continue en disant : il prétend se déplacer dans les airs pour ses voyages,  mais en vérité, quand les autres prennent la route, lui il contourne par un autre chemin en courant, c’est possible vu la proximité des villages dans les zones rurales. Il a été aperçu plusieurs fois en train de courir dans les champs. Beaucoup de témoins oculaires ont confirmé cela. C’était un grand coureur à son jeune âge, quand il suivait les animaux aux pâturages. Jamais un berger ne l’a dépassé lors d’une compétition de course.

Rogazo est un être comme les autres. Il a la même envie de manger comme tout le monde. C’est seulement un grand menteur, qui se cache derrière la religion pour escroquer les autres. Pendant ses déplacements il a réussi à duper tout le monde grâce à son outre. C’est un outil prisé des nigériens pour la conservation de l’eau dans les zones rurales. Rogazo lui s’en servait autrement. En lieu et place d’eau, il la remplissait de bouilli ou de foura. S’il a des visiteurs, et qu’il a envie de manger, il rentre dans la chambre et rempli sa bouilloire. Il rentre dans les toilettes et fini son repas. Il revient s’asseoir comme s’il était parti faire ses besoins.

A chaque point, il trace un trait sur le sol comme s’il était entrain de compter le nombre de mesquineries de Rogazo. Avant de dessiner le dernier trait, il englouti la dernière moitié de sa cola et continue en ces mots. C’est vrai qu’il n’utilise pas les versets coraniques comme ses collègues pour soigner ses patients (es). Quand un malade lui fait part de ses problèmes, il lui demande de revenir demain. Il part expliquer le même problème au pharmacien qui lui fait une prescription. A la maison, il dissout les médicaments dans l’eau accompagnée d’arômes et de colorants qui dissimulent leur goût ou encore, il les enrobe dans de la patte et les fait avaler. Pour finir, le vieux affirme, hey mes petits fils, « peut-on se cacher pour une personne qui est déjà cachée ? » Certes, il vient d’évoquer un point de vue, un  sujet qui n’engage que lui.
Pour ma part, je vous dis que : Ce qu’un vieux sage a aperçu en étant assis, un enfant ne pouvait pas le voir même sur une colline. Parole de sages !

 

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ASSOUMANE Habibou
Blogueur nigérien de Tahoua, je suis passionné de la lecture, des voyages. J'aime apprendre des autres. La rigueur, la responsabilité, l’engagement sont mes maîtres mots

2 réflexions au sujet de « Le faux Saint »

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