Niger : les initiatives féminines

Article : Niger : les initiatives féminines
4 mai 2016

Niger : les initiatives féminines

Les initiatives féminines concernent tous les projets conçus et exécutés par les femmes en vue de l’amélioration de leurs conditions de vie . En effet, les femmes rurales au Niger n’ont pas droit à la propriété foncière. Elles sont aussi défavorisées par leur méconnaissance des règles de systèmes bancaires, du marché et de la commercialisation.  Ce qui explique leur accès difficile aux crédits, pourtant indispensables à la mise en œuvre des Activités Génératrices de Revenus (AGR) supplémentaires .

 Dans les villages nigériens, avant, les femmes s’organisaient, bien que timidement pour former leur propre système d’épargne collective : ainsi en est-il de l’exemple de cette ancienne pratique, « la tontine » ou adashe en hausa. Elle consiste à ce qu’à chaque échéance, une semaine, un mois, etc., selon ce qui a été arrêté par les membres, la totalité des cotisations soit remise à l’une d’entre elles pour réaliser un projet important. Ce système, malgré sont mode de fonctionnement informel, fonctionnait en rotation et permet à chacun des membres du groupe de profiter de cette épargne collective.

Le village est aujourd’hui couvert par l’apport d’une mutuelle de crédits qui octroie des prêts aux femmes et aux hommes désirant mener des Activités Génératrices de Revenus. En dehors de l’appui de la mutuelle, les femmes sont regroupées autour des « Asusus ». Ce dernier est une pratique très ancienne, qui consiste à creuser un trou ou à chercher un matériel en argile ou en métal (boite), percé au commet dans lequel la personne verse soit quotidiennement ou d’ouverture de son moyen d’épargne. Mais aujourd’hui cette pratique a connu des innovations. Ce qui fait qu’elle se pratique dans une caisse regroupant plusieurs personnes. L’échéance pour l’ouverture de ladite caisse est fixée en commun accord entre les personnes membres. Les «Asusu» d’aujourd’hui ont tendance à s’assimiler aux tontines, la seule différence constatée est, le fait qu’à l’ouverture on ne donne pas la totalité de l’argent à une seule personne. Le montant est partagé entre les membres.

Ils sont assez représentatifs du paysage féminin dans l’arène locale. Ils sont le mode dominant de la participation des femmes à la vie des projets qui en sont l’émanation. De plus, elles sont très convoitées et se forment sur un modèle de compréhension et de liberté d’action. Les femmes se regroupent selon leur disponibilité et leur entente mutuelle, autour de ces « Asusus ».

Les femmes apprécient les retombées de ces nouvelles initiatives qu’elles sont en train de mener. Puisque maintenant, avec le recul de la solidarité qui prend de plus en plus de l’ampleur dans la zone rurales comme urbaines, les femmes surtout sans tutelle maritale, se trouve obligées de chercher leur bien-être et celui de leurs enfants.

Dans certaines régions du pays, les femmes investissent dans les cultures de contre saison. Mais leurs investissements ne sont pas directs. Elles accordent des prêts d’argent aux hommes engagés dans la culture d’oignons, des laitues, etc. elles reçoivent en contre partie de la production. Cet argent investi provient, soit de la vente d’un bétail, soit de quelques sacs de céréales convertis en nature. Elles gardent ses parts, qu’elles vont vendre quelques mois après dans l’espoir d’engranger des bénéfices. Ces transactions généralement familiales  ne sont pas sans risque. Certains hommes malhonnêtes ne respectent pas leurs engagements et seules les femmes assumeront les conséquences.

Cependant, avec le système de « Asusus », les femmes achètent des oignons déjà récoltés, le mil, le niébé, la tomate sèche et autres marchandises pour vendre lorsque les prix seront à la hausse. En plus, elles font l’embouche ovine et octroient des crédits tirés de leur «Asusu» à d’autres femmes et aux hommes pour le mariage, baptême, pour financier les frais d’hospitalisation, de transport d’un fils qui désire partir en exode pour ne citer que cela.

Dans ces crédits que les «Asusu» accordent, elles perçoivent un intérêt de 10%. Celui sera partagé à part égale entre tous les membres du groupement dès sa création. La somme perçu permettra à leur épargne d’accroitre considérablement. Cela leur permettra de mieux s’investir dans d’autres activités ou encore s’engager dans l’embouche ou le stockage d’oignons ou des céréales.

 Il faut noter que les femmes animant ces ‘«Asusu» au Niger ou ces groupements, sont en majorité veuves et divorcées. Il y a aussi une proportion non négligeable de femmes dont les maris ont un âge avancé ou qui sont incapable de subvenir aux besoins élémentaires de la famille. S’agissant des jeunes femmes, elles sont quasi absentes dans les groupements ou « Asusu ». Elles veulent adhérer mais, elles hésitent trop craignant la réaction de leurs époux. Ce qui permet de déduire que jusqu’à présent, il y a une emprise des hommes nigériens sur leurs épouses. Ils ne leur permettent pas d’agir de façon libre dans les projets leur permettant d’acquérir une autonomie ne se reste que financière.

Enfin, il faut noter que ces initiatives, sont en train de donner à femmes nigérienne où qu’elle soie, une position très viable par l’acquisition d’une sphère d’action identique à celle qui était longtemps réservée aux hommes. Parce qu’elles sont aujourd’hui plus ou moins financièrement autonomes ce qui leur permettra à long terme d’initier des activités de grande envergure.

Subséquemment, de par la nouvelle approche de développement, les actions menées par les agents de développement (ONG, AD) ne se font plus de façon mécanique ; mais elles se déroulent de manière à tenir compte des particularités de chaque zone d’intervention. L’ONG ISCV TATTALIN RAUWA œuvre inlassablement dans ce sens à travers l’encadrement des groupements féminins dans 5 départements de la région de Tahoua à savoir : Madoua, Bouza, Malbaza, Tahoua et Illéla. Toutes ses actions tiennent donc compte des goûts de personnes cibles. Au cours de ces opérations, on doit sensibiliser la population sur la nécessité de travailler ensemble sans exclusion ni discrimination de sexe afin de réduire le spectre de la pauvreté. Ce qui a permis avec le rapprochement gouvernants/ gouvernés (communalisation) de mieux connaître les personnes concernées et de solliciter leur participation active et consciente. Cette démarche a abouti à une conscientisation des hommes sur l’importance de la participation féminine dans tout ce qui concerne la vie de la communauté par des actions concrètes qu’elles sont en train d’entreprendre de par leur propre initiative. Il est à constater dans ce cas une participation des femmes, qu’il s’agit de la gestion communale (8 femmes sont responsables des mairies au Niger, dont 2 dans la région deTahoua) ou de l’animation des groupements. Mais la frange dominante est composée de vieilles femmes.

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