Les oubliées de la fête de la femme nigérienne

Article : Les oubliées de la fête de la femme nigérienne
19 mai 2016

Les oubliées de la fête de la femme nigérienne

Le 13 Mai, de chaque année au Niger, est  célébrée la fête de « la femme nigérienne ». Cette célébration marque une longue quête de l’équité entre les femmes et les hommes. Mais depuis 21 ans de lutte, de réclamation d’indépendance et d’autonomie, les résultats de cette quête restent mitigés. Le fossé entre les femmes rurales et les femmes citadines est toujours grand.

 Selon un rapport du PNUD (2005 : 27), la population nigérienne vit dans une situation de pauvreté, qui constitue une menace pour la cohésion sociale. Selon les données disponibles, 63% de cette population vivent en deçà du seuil de la pauvreté monétaire (75 000 FCFA et 50 000 FCFA par an respectivement pour les zones urbaines et rurales), et 34% dans l’extrême pauvreté (50 000 FCFA en milieu urbain et 35 000 FCFA en milieu rural.

Dans les zones rurales, les femmes vivent dans une pauvreté souvent extrême, elles travaillent sans répit pour leurs enfants et leurs maris. Elles constituent aussi une source de main d’œuvre pour le secteur agricole traditionnel, dont elles sont l’élément majeur. Ainsi, en dehors du fait que les femmes sont très actives en zone rurale, et que 4 pauvres sur 5 vivants en milieu rural, 3 pauvres sur 4 sont des femmes. (Ibid. : 27). De ce constat on peut affirmer que la pauvreté est quasiment féminine au Niger, et surtout dans le milieu rural en particulier. Cette situation maintient les femmes dans une position de dépendance permanente vis-à-vis des hommes. Et cela a pour corollaire les questions sociales dont il faut tenir compte : l’inégalité d’accès aux ressources, l’exploitation, le bas niveau de formation, l’accès réduit à l’information, etc. Mais il existent au Niger des associations et ONG qui affirment défendre la femme et contribuer à l’amélioration de sa condition.

Il faut aussi ajouter que, les quelques activités exercées par les femmes s’inscrivent dans le prolongement de leur savoir traditionnel et, en quelque sorte, de leurs activités de femmes au foyer : fabrication et commercialisation de galettes, beignets, bouillie, ainsi que le commerce saisonnier des produits maraîchers comme la patate douce, le manioc, l’oignon, le gombo, …, qu’elles vendent à domicile ou de maison en maison par le biais des enfants. Le choix de cette activité se fait souvent en fonction de sa compatibilité avec la garde des enfants et les tâches ménagères.

Je n’ai pas besoin de vous rappeler que, les revenus de ces activités sont généralement dérisoires et ne sont utilisés le plus souvent que pour l’achat des condiments et les contributions cérémonielles. Cela ne permet en aucun cas, aux femmes d’épargner pour songer au développement d’activités beaucoup plus importantes leur permettant d’accéder à une autonomie financière afin qu’elles puissent se libérer de leur entière dépendance à l’homme.

Les tâches socialement attribuées à la femme nigérienne rurale ne lui permettent pas d’engager d’autres actions visant à son épanouissement. C’est pourquoi, j’ai voulu que nos associations de soit disant « défense des droit de la femme » jettent un coup d’œil sur le « portrait robot » de la femme rurale fait par un professeur de l’Université de HARARE, et repris par CHLEBOWSKA Krystyna (1990 :21). Pour ce spécialiste en éducation des adultes, la femme rurale est :

  • Une personne de couleur ;
  • Entourée de marmots ;
  • Souvent enceinte ;
  • Transportant des jarres d’eau de la rivière ou du puits ;
  • Portant un bébé sur son dos et fagot de bois ou de branchages sur sa tête ;
  • Parlant sa langue vernaculaire, mais pas la langue officielle ;
  • Ne sachant ni lire ni écrire ;
  • Très peu ouverte au fait de la vie moderne et du progrès ;
  • Ne disposant que de peu d’argent ou sans argent pour les besoins élémentaires de la famille ;
  • N’ayant qu’un accès limité aux services sociaux et médicaux ;
  • Dont le mari a un emploi marginal en ville et apparaît rarement à la maison.

Les quelques changements apparus

 La planification familiale commence timidement à porter ses fruits, et quelques femmes, avec l’accord de leurs maris, font usage de  contraceptifs ; une chose qui auparavant a été la cause de plusieurs divorces.

L’accès aux services de santé s’est amélioré. Ils sont souvent débordés, surtout avec la gratuité des soins pour les mères allaitantes, en grossesse et les enfants de 0 à 5 ans ;

L’éducation des jeunes filles : les pères sont encore très rétifs pour qu’elles poursuivent des études, et nombreuses sont celles qui sont mariées dès l’âge de 15 ou 16 ans. Aujourd’hui grâce aux actions menées par les associations féminines, la tendance s’est inversée.  À l’école primaire, presque 3 élèves sur 4 sont des filles (à l’école normale Kaocen de Tahoua, il y 986 filles contre 409 garçons).  Au collège le taux diminue très fortement hélas. On constate donc que peu de jeunes filles obtiennent le BEPC, et encore moins accèdent au lycée et à l’université, et pourtant elles ont de très bons résultats scolaires.

Elles font usage de plus en plus des téléphones portables pour appeler la famille et écouter de la musique. Avec l’électrification qui s’installe en milieu rural, de plus en plus de ménages  possèdent un téléviseur et un lecteur de cd, bien regardé le soir par les femmes et les enfants ce qui est dans les années 80 impossible. Seuls les hommes ont accès aux  télévisions installées dans les Samaria (sorte de centre de jeunes) dans tous les gros villages du Niger. Aucune fille ne veut se faire surprendre à la Samaria. On le qualifierait  de garce.

De plus en plus de coopératives féminines voient le jour, qui mettent en valeur le savoir faire artisanale des femmes, ainsi que des activités commerciales.

Par contre en ville, l’exploitation des jeunes filles et femmes des milieux ruraux, qui viennent se louer pour de très faibles salaires pour les travaux ménagers et garde d’enfants, perdure. Les ONG de défense des droits des femmes devraient intervenir dans ce domaine.

Elles devraient également beaucoup plus s’investir davantage dans l’éducation des jeunes filles, pour que celles-ci puissent au moins savoir lire et écrire.

 Célébration de la journée de la femme nigérienne  a pour thème cette année: «La contribution de la femme rurale dans la mise en œuvre de l’initiative 3N». Au regard de ce que nous avons dit plus haut, ce thème est plus politique que féminin.

 Les femmes de l’école normale Kaocen de Tahoua ont choisi d’organiser un tam-tam (en retard) pour célébrer à leur manière cette journée. Un orchestre qui n’a pas rassemblé beaucoup de monde, même chez les organisatrices. Il a seulement permis aux curieux qui auparavant n’ont pas droit d’accès à l’établissement  d’entrer et sortir comme bon leur semble.

 Pour finir, je me demande si la condition de la femme rurale intéresse peu ? Et pourtant les femmes nigériennes qui ont eu accès à l’instruction, qui militent dans des associations ou ONG, qui vivent en ville, travaillent dans des institutions publiques ou privées (enseignantes, fonctionnaires, etc.), conduisant parfois des 4×4 rutilants, devraient réellement s’investir et œuvrer à une meilleure éducation de leurs sœurs « rurales », ces dernières contribuant chaque jour par leur dur travail à nourrir les premières. Cessez d’être gourmandes et avares!

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