Niger : pas de « coup K-O » pour Issoufou

Le fameux  « coup K-O »  tant chanté pendant la campagne électorale par la Mouvance pour la renaissance du Niger (MRN), mouvement pro Issoufou, n’a pas eu lieu.
L’élection présidentielle du 21 février a vu le président sortant, Mahamadou Issoufou, candidat du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya), en tête du scrutin à l’issu du premier tour avec 48,41%. Mais, bien qu’honorable, ce score qui lui a permis de dominer ses 14 adversaires, n’est pas suffisant pour l’emporter. Issoufou ne pourra donc pas éviter un second tour avec des jeux d’alliances au sein de l’opposition.

Le 20 mars, le second tour opposera le président sortant et Hama Amadou, candidat du Mouvement démocratique nigérien (Modem Fa Loumana), arrivé deuxième avec  17,79% des voix.
L’adversaire d’Issoufou est en prison depuis plus de deux mois, il est incarcéré pour trafic présumé de bébés nigérians et interdit de sortir de sa prison.
L’ancien président de l’Assemblée nationale et ancien Premier ministre affrontera donc Mahamadou Issoufou depuis sa cellule de prison, à Filingué (à 180 km de Niamey).

Samedi prochain les « arènes politiques » seront ouvertes pour une nouvelle campagne électorale, à 15 jours du second tour.
Cette campagne sera sans surprise, il y a peu d’enjeux. Issoufou l’emportera, c’est mathématique, il dispose d’alliés qui lui garantissent jusqu’à 57% des voix, contre 38% pour l’opposition.
La Coalition pour l’alternance 2016 (Copa 2016), la nouvelle coalition des partis de l’opposition qui soutient la candidature d’Hama Amadou, a tenté d’unir ses forces pour barrer la route au chef de l’Etat, mais en réalité elle a aucune chance, la Copa ne pèse pas plus de 40%. Tous les pronostics sont donc favorables à Mahamadou Issoufou.

Mais attention, il faut jamais jurer de rien, la politique ce n’est pas que de l’arithmétique, il y a aussi le facteur humain :

Premièrement, les électeurs ne respectent pas toujours les mots d’ordre de leurs partis politiques. Le transfert des voix ne se sera pas automatique. De plus, les reports de voix entre les deux tours ne sont pas tous évidents. Un des arbitres pourrait être Ibrahim Yacouba, Ministre des Transports puis directeur de cabinet adjoint du président Issoufou depuis 2013, il est arrivé 5e au premier tour avec 4,35 % des voix. Ses consignes de vote pour le second tour pourraient perturber des calculs trop rapides… mais il n’a rien dit pour l’instant. On sait qu’il a longtemps incarné le visage de la génération montante du PNDS avant d’être exclu du parti au pouvoir pour cause d’indiscipline et impulsivité. Ambitieux et dynamique, Ibrahim Yacouba a fondé en novembre 2015 son propre parti, le Mouvement patriotique nigérien (MPN) dont il a été le candidat pour la présidentielle de 2016. Il ne fait donc pas partie de la coalition de l’opposition COPA 2016. Voudra-t-il se venger après son exclusion du parti au pouvoir l’an dernier ? Nul ne le sait encore. Certains analystes politiques affirment cependant qu’il n’a pas d’autre choix que de rejoindre la Mouvance pour la renaissance du Niger (MRN) car son parti, créé il y a cinq mois, ne pourra pas survivre à l’opposition lors du prochain quinquennat.

Deuxièmement, l’autre inconnue, c’est le nombre de votes blancs ou nuls. Les partis doivent sensibiliser et éduquer les électeurs sur le plan électoral pour réduire le taux élevé de bulletins nuls. Cette année c’est plus d’un demis million de voix qui ont été annulées  (414. 888  selon la Commission électorale nationale indépendante) à cause de la non maîtrise du vote. Beaucoup de personnes ne votent pas correctement, c’est un vrai problème. Les gens peuvent aller voter mais, parfois, ne savent même pas comment voter. Ainsi, malheureusement, leur choix est parfois annulé, il faut que cela change.

Le contexte de longue attente qui a précédé la proclamation des résultats a alimenté les doutes au sein de la coalition d’opposition qui s’en est pris au pouvoir, l’accusant d’avoir mis en place des « bureaux fictifs ». La Copa a aussi évoqué des résultats fantaisistes et a soupçonné la Ceni de fabriquer de faux résultats. Elle a demandé à ses militants de « résister » (contre qui, contre quoi ?), de ne pas accepter les résultats qui ne seraient pas le reflet de la réalité exprimée par les urnes. Faut-il la croire ? Depuis, la tension politique a baissé d’un cran. Il est sûr qu’au Niger, certains politiciens impopulaires et en pannes d’idées n’auraient pas de scrupules à mettre le pays à feu et à sang.

Aujourd’hui, la tension politique a baissé d’un cran, la coalition d’opposition s’est dite confiante pour le deuxième tour. Tant mieux, au Niger, nous n’avons pas besoin de comportements haineux et anti-démocratiques. Vive le second tour et que vive la démocratie au Niger !

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ASSOUMANE Habibou
Blogueur nigérien de Tahoua, je suis passionné de la lecture, des voyages. J'aime apprendre des autres. La rigueur, la responsabilité, l’engagement sont mes maîtres mots

2 réflexions au sujet de « Niger : pas de « coup K-O » pour Issoufou »

  1. Le coup K-O n’ayant pas eu lieu, le président Issoufou va se contenter d’une victoire au points. Son challenger, en prison, avec interdiction de sortir comme vous le dites, Hama Amadou ne pourra même pas faire campagne.

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